Rêves d’outremer

9052009

Le canal Saint-Martin s’était fait avec peine un long et noir passage liquide et scintillant à travers des montagnes de caisses. Des boites d’emballages vides trainaient ça-et-là. Un naufrage de 14 juillet.

Il faisait encore lourd là-haut, le ciel pesait sur vos épaules.

Un marin du canal Saint-Martin, dans un complet bleu-outremer se digérait à pas mesurés vers la bouche de métro. En marchant, il regardait ses pieds. Poussière de ville, poussière urbaine, plages grises du Boulevard Richard-Lenoir.

Il aspirait à travers la fumée opaque des quais, d’ectoplasmiques embrunschargés d’iode et de sel marin… Ah!, la mer!, … La Grande Verte ! … tombeau et mère des marins, comme il l’avait lu quelque part.

Il l’avait vue une fois, la mer. Au Tréport, pendant les congés-payés.

Parfois le soir, quand il en a vraiment marre, il tire de dessus l’armoire, une boule de verre, avec de l’eau et le port de Saint-Malo, et la neige quand on retourne. C’est pas vraiment la neige, mais on croirait …

C’est Marcellin, le bistrot, qui lui en fait cadeau Ca serait un Hollandais, un roux ou un blond, enfin, un très grand qui lui aurait donné, un soir qu’il faisait soif et qu’il ne pouvait pas payer.

Dessous le socle, quand on retourne, il y a marqué « Gennevilliers, made in France ». C’est vraiment chouette.

Au-dessus de l’armoire, il y a aussi un grand coquillage noir et jaune, avec des crêtes, et le bruit de la mer dedans. Très chouette aussi. Même qu’il est drôlement joli à l’intérieur. C’est tout rose, c’est de la nacre lui a dit un Chinois à l’écluse, une fois. Bien sûr il sentait pas très bon- pas le Chinois, le coquillage – enfin, peut-être que le Chinois aussi. C’est à cause qu’il l’avait trouvé dans une flaque de mazout séché, même que ça sent encore, bien qu’il est frotté dur, pour ça oui !

Tiens, voilà le métro. Ca vient à vous comme une bouffée d’air chaud, et en même temps ça vous fait froid dans le dos.

Zut!, je rentre à pied. Rue de la Mer-à-boire.

Il est monté à l’escalier, dans sa chambre il s’est enfermé. Il a passé un grnd polo blanc avec des raies bleues. Il est un peu large mais la marchande du prisunis lui a dit qu’il y avait plus de taille comme lui, mais que ça retrécirait au lavage.

C’est même parce qu’il était trop petit qu’on l’avait pris dans l’infanterie. Artillerie, cavalerie, infanterie et vive les pompiers !

Il est monté sur une chaise et il a tiré le coquillage et la boule de dessus l’armoire où ils sont toujours proprement rangés. Ah! merde !, il a laché la boule, et sur le plancher toute l’eau et les paillettes qui se dévissent.

Tiens, il était en carton le port de Saint-Malo…

Alors, il met le coquillage sur son oreille. Il ferme les yeux doucement, tout doucement. C’est la mer … chaud, éblouissant, lumineux, sable, vagues, ressacs, flux et reflux. La baie du port de Saint-Malo.

Il prend son extase ! instant d’élan … et se noie.




Deux étoiles avanceront demain

16042009

Il y a partout une fleur
Toute prête à éclore
Et qui se multiplie au soleil des cascades-univers
Les centres d’exactions et de mansuétudes lexicales
Explosent en dix-mille fragments obturés.
La source bleue-pistache des galaxies
Arrive à peine à faire naître
Un frisson distingué sur sa blancheur pétale

Tu n’y es pas encore …
Vas-tu te présenter rougi et défloré
Vers une piste où tout encore se nébulise ?
Ou bien crieras-tu plutôt que nul n’entende
Un scaramel doré se lissant sur sa tige
Et gondole à foison les étages du bien
Des poudrières meurtries où la nature t’imite
Tu n’y feras, le coeur à rien, que mal entendre

Saga …
La perversité affranchie sacralise le bien
Et nul n’y pourra quand viendra le sonneur
Etager vers quel mal
Ou quel monde
Il se sentira vaincre

Sublime dialogue de l’imposture
Et du défunctement
Il y a éclosure dans les étranges étages
Qui survivent au moment où le discret s’étiole
Tu la sais, et tu vas, par delà les allures
Modifier quelque peu ton couvent d »ici-bas.

Plus que tel autre Adam
Tu tirailles les cartes
Déchiffrant des visages où des litanies mortes
S’invectivent et placardent leurs étendues livides
A quel écrin-joyau tu destines tes flammes
Froides et si pudiques harcelant les enochs ?
Que n’as-tu donc brûlé tes étoles !
Ô le Roi !
Que n’as-tu par mille fois usité les passages !
Puis malmenant les mers qui commandent aux nuages
Que n’es-tu reparti sans te saisir des heures ?

Vas-y maintenant ! exulte ! Arrache !
Au commerce des cris, litanise et bois
Quand par mille et un tour le sorcier-né t’aveugle
Et te fait croire au ciel, au sommeil, aux pleurs,
Aux rites plus étranges que les forces modernes.
Caressant les étangs léviathans, les surhommes
Où le segment s’entrouvre aux lagunaires trésors
Caresse les étoupes et blanchis les essarts
Ils renâcleront et frissonneront d’autant.

sache-le !
Plus tard que de mourir, tu nébulises et blesses
Le lion qui se retrouve et soupire et bourdonne
Quand, d’un éclair beau et plat, pâle et fade
Il s’aventure vers ceux qui retracent et écoutent
S’agrippant comme automne et fulminant debout
Il n’y a plus que le ciel que le coeur et l’écoute
Fulmure en toi, réclame tes odeurs
Elles, plus que le musc sont tes chances de vivre
Centralise les peurs, tu gouverneras par delà les torpeurs.

Ca yest, le plus y est, tout y est
Négatons de l’atome aux fleurs considérables
Tu t’avances ; et lacté comme un séjour cosmique
Plus que lent.
Deux étoiles avanceront demain
Des nefs para-antiques des éclats souterrains
Quand le bonheur exile et se meurt et te craint
Alors !?

Plus que deux tours et l’univers se clôt
Avance et quoi ! … s’éternélise ou bien
Calquaglisse et se déglassitère
Atome crevé paradigmatique.
Le bonheur est crevé,
Tu le tiens dans ta main crevée,
Tu souris aux élans destructeurs de l’arme
Mouche-le et pars, tu resteras plus loin
La fleur est close et nul être pareil
Aucun laid, aussi beau
Calcule le jour et l’heure
De ton tiens.




accords de givre sur un visage

16042009

Le ciel en te couvrant a cru former
Du givre
Il n’a fait qu’éclairer la moitié
D’un visage
On parlera encore de musique
Ou d’accords
Un piano au loin vient donner
Son amour

J’hésite encore sur une question
D’orange
J’ai peur ou peut-être un peu
Mélancolique
Les mots usés se réchauffent
A la mort

Quand tu auras vu des cirques têtus
Et des voix
A genoux, tendant leurs mains
Maigries
Allongées un peu palpitantes
Cent fois au sommet ou au port
Tu arriveras.




15042009

Il y a des gens qui vont dans les rues
Et qui marchent ainsi qu’une feuille en automme

Ils ont l’air de savoir mais ils jouent la comédie
Leur marche est une chute étrange et circulaire

Ces gens, ils vivent deux par deux, trois par trois
Ils n’ont pas d’yeux mais des trous blancs

Leurs visages des murs anonymes et inviolables
Leurs mains des amarres, leur pieds des felouques arabes

Il y a des gens tristes dans un monde gris
Et pour chacun d’eux un monde bleu ou rose

Que je suis seul à même de décrire
Mais que j’enfouis très loin tant le secret est lourd

Il y a sur ma vie des petites égratignures de bonheur
Elles sont souvent roses et petites

Il y a d’autres gens et qu’on ne voit jamais
Ils sont sur notre vie plus lourds qu’une montagne

Il y a dans le monde un homme qui m’attend
Je ne sais qui il est, il est seul, il m’attend

Il y a un homme mort sur sur une route un soir
Sa tête a fait un bruit qui ne m’a pas atteint

Il y a un homme qui n’est pas un homme
Il est plus malheureux que si il était dieu

Il y a tant d’hommes sur terre et puis si peu de temps
Que le papier noirci ne peut les éclairer

Il y a une soif délirante qui m’étreint
Elle est lourde et me suivra sans doute jusqu’au matin

Il y a autre chose qui est l’idée d’un homme
Je crains qu’elle ne promène un regard harassé

Il y a tant de choses qui tombent autour de moi
C’est la chute d’un monde qui m’a porté

Il y a tant de gens qui tremblent autour de moi
Ils ont les yeux livides, la peur les fait gémir

Il y a beaucoup de monde à ton enterrement
Mais beaucoup moins de gens que tu n’en aurais vu vivant

Il y a sur ta tombe des fleurs qui t’étouffent
Elles te retiennent encore et attirent les yeux

Il y a des gens qui n’hésitent pas entre les tombes
Ils vont droit à la leur, ce n’est qu’une habitude

J’ai hésité et je suis resté quelques temps à méditer
Je marche aveuglément en titubant un peu

Au tournant d’une croix les fleurs étaient très belles
Un peu jaunies déjà, rougies comme l’oubli

Il ne reste plus rien de ce monde ni d’un autre
Rien sur lequel nous puissions nous tenir

Il n’y a plus que des hommes déracinés et des arbres
Qui vainement tentent de s’accrocher à leurs branches

Il y a un vent violent et qui souffle et qui souffle
Emportant vers la mer des morceaux de larmes

Il n’y a pas un litre d’eau en plus dans la mer
Le coucher du soleil effet fondu au noir.

 




Jours nouveaux sans fantômes qui fuient

15042009

J’aimais quitter les maisons
chaudes et rassurantes
le soir
Je m’éloignais bien vite
des routes et des rues
et je marchais
Une délicieuse peur
me faisait me retourner
souvent
De pâles fantômes
accompagnaient mes pas
fantômes de la nuit
fantômes du soir
espoir

Vous envelopperez mon coeur
Dehors je n’ai plus froid
Comme un linceul
En bas un torrent roule
et roule un train au loin
J’écoute un murmure calin
Qui m’entraîne…

Ce murmure chuchotant me parle
seul à seul :
« Jours nouveaux sans fantômes qui fuient » …




Rien

15042009

Tous mes amis s’en sont allés
Vendée Savoie Bretagne et Dauphiné
Les fleurs ont passé leur chemin
Il faisait chaud l’hiver dans les greniers
Vendée Savoie Bretagne et Dauphiné

Le gel peu à peu remplit
La route et sur le bord du lit
La rivière veut faire un somme
C’est comme une barque attardée
Qui restera sur le côté
Jusqu’à ce que la fleur renaisse

De la buée sur la fenêtre
Et c’est un baiser oublié
Quelqu’un doit sûrement attendre
L’étoile bleue du matin
Ou peut être une lettre blanche
Ou bien peut être encore
Rien.




Ballade parisienne

15042009

Tous les toits de Paris
Ont perdu leur grisaille
Un vent d’on ne sait où
Fait claquer mollement
Des drapeaux

Tout l’air est embaumé
Du lilas des fenêtres
Les portes de la ville
Ont pris la clé des champs
En secret

On efface des murs
Les inscriptions blafardes
Henri Martin est mort
Et l’anarchisme veille
Encore

On repeint tous les murs
Couleur sergent de ville
Et le pont Henri IV
Ne se reconnaît plus
Rajeuni

La place de la Bastille
Est bien réactionnaire
Et là haut mal aux pieds ?
Le génie s’est assis
Un peu

La place de l’Opéra
Est comme un grand trou vide
les petits rats des villes
Sont dans le firmament
Des étoiles

L’Archange et Lucifer
Ont des démangeaisons
Et le fil de la Seine
Est une tentation
Splendide

Le soleil fait lever
La poussière des trottoirs
Un petit bateau court
Le long des caniveaux
Vers la mer.

Le dôme du Sacré-Coeur
A disparu du ciel
Et Montmartre ravi
A crié la Commune
n’est pas morte




Dernières nouvelles

14042009

C’est le dernier cargo qui part
Plus un seul passager pour Londres
Ou New-York
Ou Stockholm.
Le quai est désert
On entend vaguement la mer

Cela n’a aucune importance
On ne s’en occupe pas.
On sait qu’elle est là.
Ceux dont on doit s’occuper
Ils ne sont pas là
Ils sont ailleurs
On ne les entend pas
Non plus ceux dont on voudrait parler
Ils ne sont pas là

La mer

Tout le monde s’en fout
Tout le monde la connaît
Elle n’intéresse personne
Même ceux qui ne sont pas là
Les inconnus
Les moins bien connus
Ceux qui étaient sur le quai
Et ceux qui n’y étaient pas
Et même les autres
Tous ceux qui grouillent dans les villes
Tous les gens
Tous ceux-là
Qui,
Paraît-il
Existent

Ceux-là
Ils sont intéressant
Mais pas le bruit de l’eau
Mais pas les rochers qui craquent

Tout le monde en parle

Qui en parle ?
Tout le monde les connaît
Qui les connaît ?
Maintenant il faut aller plus loin
Il faut cesser de tourner en rond
A propos de vagues
Très vagues
Et de personnes
Très impersonnelles

Maintenant il faut parler de Moi.




Les mots qui sont toujours les mêmes

14042009

Qu’est-ce que c’est
Tout ce qu’on peut dire
Les mots qui sont toujours les mêmes
Les envies de s’envoyer rire
Qu’est-ce que c’est ?
Qu’est-ce que c’est
Les après tout ?
Les après-moi
De moi demeurent
Qu’est-ce que c’est
Ces cent façons
D’autres façons
De façonner
Un vase
De contrefaçon
A Soisson ?…
Qu’est-ce que c’est
Les arts de dire
Des arts de rire
Lézard sur les ruines
De Rome
Qu’est-ce que c’est
Tout ce qu’on peut dire
Quand tout s’en va
On fait semblant
On ne rie pas
On va faire du bateau sur l’étang
On ne se l’envoie pas dire
Qu’est-ce que ça veut dire
De vouloir de cent façons
Fêler de la faïence défaillante
De Soisson

Verre de cyanure glaçons
Les rames de bois vert tendre
Frappent des portes
Et tournent en ronds
Elles se redressent
En sang-lots
Avec des larmes au bout des doigts
Des tiges de lianes
Autour du bois

Qu’est-ce que ça peut bien faire
Les mille et un sanglots d’azur
Calmes et glauques
Sous la verdure
Ploc !
Pour s’en aller pleurer plus loin
Ploc !
Et en sifflant reprennent haleine
Une branche sur la tête
Auréole de saints
On s’étend dans un non-être
Qui vous va bien
Si bien…

Un peu plus loin
On vous arrête
Pour on ne sait quel moins que rien
Et on vous prête la main
On vous descend sur un nuage
Dans un délire de fumées roses
Qui montent en tire-bouchon
On est trop loin pour revenir
Alors marchons …

Qu’est-ce que ça peut faire le temps ?
Avez-vous les moissons
Et tous les blés d’or de la Terre
A faire rentrer à la maison
Avant que passe la saison ?
Le bruit que font vos pas discrets
Sur un gazon humide et frais
Comme une éponge de vinaigre
Ou quelque chose comme ça

……………………………………………………..

On vous avait mené sur l’onde
A grands renforts de bruits sucrés
A grand renforts de mots feutrés
Comment croire à un autre monde
Que celui qu’on vous a créé ?
Et sa bouche de mots se recouvre
Long linceul de soirée noir de suie
Et voilà comme on se retrouve
Surpris …

Qu’est-ce qu’on aurait bien pu en faire
De l’île au milieu des marais
Ni sourires
Ni regrets
Ni soupirs
On se couche
On plie les jambes
On serre les bras
Et on attend un trépas chance
Qui ne vient pas …




Il faut bien commencer par quelque chose

14042009

 Le soleil a pâli la photo
sur laquelle tu revenais sans cesse
Et tes yeux en écho, délavés à leur tour
Sous cet éclair de pluie
Ont brouillé les images
Il n’y a plus indistinct, ce contour,
Ces ombres dégradées, ces repaires
Où, par coeur, invisibles et aveugles,
Tu avançais tes doigts.
Tu ne sens pas non plus cette légère dépression
Qu’éprouvait encore le revers de ta main
Quand tu frôlais, heureux, la douceur muette
Ce n’est plus qu’un glacis rêche,
Une parure moderne, un brillant d’occasion
Sur laquelle s’accrochaient à chaque instant tes doigts
Et ce rebord lisse et souple
Les angles nets et francs
Ce sont désormais hachures crévelées
Obtenues sous une presse ignorante et répétitive
Qui te font hérisser tes lèvres aux commissures …
La lumière essoufflée qui arrive comme meurt une vague
Se glissant comme un doute sur les marques anciennes
Aussitôt abandonné, aussitôt absorbée
Et tes doigts douloureux qui cherchent sa présence
Quelques grains froids et pointilleux
S’accrochent aux phalanges
Et tombent peu à peu
Sechés par le soleil.







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